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  • : Ceci est le Blog d'Isabelle Crispoux, psychologue clinicienne, psychothérapeute à Paris (75011 et 75020) en consultation individuelle, familiale et de couple. Tel : 0144870645, 0631253499 Email : icrispoux@free.fr
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Vendredi 7 octobre 2011 5 07 /10 /Oct /2011 13:58

 

"La particularité de la Gestalt-thérapie est d'avoir en même temps une approche individuelle et interdépendante ou systémique. Dans l'approche individuelle, nous allons nous intéresser à qui vous êtes réellement, à favoriser l'émergence et la pleine reconnaissance progressive des différentes facettes de votre personnalité, qui font toute votre richesse d'être humain. Pour cela, nous allons accueillir et vous inviter à accueillir avec intérêt, curiosité et bienveillance tout ce qui apparaît, en séance, difficultés, besoins, désirs, envies, blocages, quels qu'ils soient, sans jugement mais plutôt dans l'ouverture et le discernement. Nous vous inviterons à réinterroger les évidences, les croyances sur vous-même et les autres, dans un va et vient entre sensations, perceptions, émotions, cognitions. La vision interdépendante ou systémique nous fait prendre en compte l'importance du contexte, de la situation, dans lesquels apparaissent ou se développent symptômes ou empêchements. Et nous allons alors travailler ensemble sur ce que nous appelons "le ça de la situation" : de quoi avez-vous besoin, envie, à quoi aspirez-vous, qu'est-ce qui vous fait peur, vous inhibe, quelle est votre "construction du monde", dans cette situation professionnelle, familiale, ou autre, que vous amenez dans l'espace de la thérapie ? Mais aussi quelles sont les ressources ou possibilités non encore envisagées dans cette même situation ? Si les approches sont complémentaires, la façon de travailler est la même. Nous nous centrons sur la prise de conscience des différents niveaux de l'expérience telle que vécue en séance, dans l'ici et maintenant de l'inter-relation avec le thérapeute, à qui tout cela s'adresse. Et nous travaillons ensemble à rendre explicite l'implicite, à dénouer les liens réels ou imaginés, et surtout à ouvrir de nouveaux possibles, dans le respect de vos possibilités du moment. Nous cheminons ensemble vers l'ajustement créateur du moment, en tenant compte de qui vous êtes, de vos besoins ou aspirations, de vos ressources et limites, tout en intégrant dans la réflexion et l'expérience en cours les besoins, les possibilités et limites de votre environnement, autrement dit en accueillant progressivement votre différence, tout en incluant "l'autre"dans votre expérience de la situation." Ruella Franck

Par isabelle-crispoux.over-blog.com - Publié dans : Gestalt-thérapie
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Samedi 17 septembre 2011 6 17 /09 /Sep /2011 14:54

            Quand on parle du corps, de quel corps parle-t-on ? Le corps réel physique ? le corps imaginaire ? le corps vécu ? Le schéma corporel ? L’image du corps ? qu’est-ce qu’on entend par tous ces termes et en définitive qu’est-ce que le corps ?  C’est  du concept d’image du corps dont il sera question aujourd’hui et de la manière dont, selon l’approche de F. Dolto, cette image se met en place. Mais tout d’abord reprenons quelques bases de la théorie psychanalytique freudienne pour comprendre un peu ce qui fait lien entre corps et psyché dans une approche analytique, une approche parmi d’autres et dans laquelle déjà beaucoup de courants différents coexistent depuis Freud.

            Freud constate déjà en 1926 que « Le nom de psychanalyse a acquis au cours du temps deux significations ». Elle désigne :  « 1) une méthode particulière de traitement des affections névrotiques ; 2) la sciences des processus psychiques inconscients [Freud, 1926, p. 154-155] ». C’est dans le cadre de cette deuxième acception que nous y ferons référence ici.

            A l’origine de la psychanalyse on trouve les recherches de Freud sur la formation des symptômes névrotiques. A la fin du XIXème siècle, les neurologues qui s’occupaient de maladies nerveuses comme l’épilepsie ou l’hystérie, n’avaient que faire de savoir s’il existait un facteur psychique à l’origine de ses maladies. Vous voyez là, on est déjà dans le corps. La seule chose qu’on savait à l’époque, c’est que des troubles telles que la cécité, certaines paralysies ou contractures, des douleurs localisées bien réelles ne correspondaient à aucun trouble organique. C’est en écoutant Breuer lui parler des traitements qu’il fait sous hypnose, notamment à une jeune fille dite Anna O. qui souffre d’hystérie que Freud s’oriente vers l’idée que non seulement les symptômes que présentent les hystériques sont d’origine psychologique mais qu’ils ont un sens qu’il s’agit de découvrir. Breuer remarque que dans la parole viennent ressurgir des souvenirs oubliés et que la verbalisation de ces souvenirs entraîne un apaisement des troubles. L’inhibition à boire d’Anna O. est levée quand elle arrive à dire le souvenir d’une scène où elle a éprouvé du dégoût.

             Freud va reprendre et appliquer à de nombreuses autres personnes la méthode de Breuer. Tous deux vont  appeler « catharsis » leur procédé de traitement des symptômes, c’est-à-dire la libération sous forme d’émotion de souvenirs oubliés pathogènes ou encore « abréaction », ce qui correspond à une expression émotionnelle libératrice d’un affect.  La « catharsis » est le précurseur de la psychanalyse dira Freud en 1924. Mais il pense que l’utilisation de l’hypnose masque le « jeu des forces psychiques » qui amènent à la constitution des symptômes. Il souhaite les explorer et se heurte à des résistances dans le travail thérapeutique, ce qui l’amène à formuler sa théorie sur le refoulement en tant que processus psychique pathogène qui se manifeste sous forme de résistance. Ce n’est plus ce qui a provoqué le symptôme, le fantasme ou l’événement déclic mais le mécanisme du refoulement qui l’intéresse, le comment du symtôme. Au fur et à mesure de son expérience clinique, il va découvrir le rôle prévalent du champ sexuel. Il ne cherche plus l’amendement des symptômes par abréaction mais la mise à jour et  la levée des refoulements, ce qu’il essaye d’atteindre par le procédé de l’association libre. Il constate dans son expérience clinique quotidienne que le refoulement est un processus de défense psychique inconsciente. Les forces qui l’ont engendré  doivent être les mêmes que celle qui s’opposent à sa levée. Il est selon lui lié à un conflit qui se joue avant tout entre des « motions de désirs » et leur interdit. C’est ainsi qu’il découvre chez sa jeune patiente Dora le fantasme de fellation qui entraîne un refoulement d’où résulte sa névrose hystérique. La représentation est devenu inconsciente et pourtant n’a nullement perdu de sa force. Chez Dora cela se traduit par de la toux et des irritations de la gorge. Ce fantasme découvre Freud, a une origine des plus innocentes. Elle était enfant, une suçoteuse et son père avait contré cette habitude. A l’insu d’elle-même par le langage du symtôme, se dit un désir inconscient d’origine infantile. « ça parle » à notre insu. Freud va peu à peu préciser sa conception de l’articulation entre vie psychique et sexualité. Cette dernière ne s’exprime dans le psychisme que par ce qu’il appelle des « pulsions partielles », telle la pulsion dite « orale » de Dora.

             Alors pour en revenir au corps et à la psyché, chez Freud, c’est le concept de pulsion qui joue le rôle de liaison, qui fait fonction de limite entre le somatique et le psychique. La pulsion, c’est un peu le mythe qui permet d’associer une fonction, la fonction sexuelle à un stade donné, à quelque chose d’un autre registre, celui du désir. C’est pour ça qu’il parle de « psychosexualité » de l’être humain. Celle-ci n’est pas réductible à des données biologiques, elle est prise dans l’ordre du langage, du symbolique.

            Je vous dit tout ça pour en venir à la conception de l’image du corps de F. Dolto. Celle-ci repose sur la théorie de la sexualité infantile telle que posée par Freud. Selon cette théorie, l’enfant passe par différents stades dits sexuels dans la mesure où ils correspondent à une recherche de plaisir. A chaque stade est liée une zone érogène particulière d’où les qualificatifs oral, anal, phallique pour les stades prégénitaux qui précèdent la période de latence, la puberté et enfin le stade génital. L’excitation successive de ces zones érogènes, selon le principe pulsionnel, correspond à chaque étape du développement individuel.

            Par ²pulsions² F. Dolto entend « élans premiers, de source physiologique vers un but ... (qui) ...  demandent un assouvissement » (F. Dolto 1976, p. 17). C'est à partir de cette évolution par stade que l'image du corps, image d'abord inconsciente, va se construire. Pour elle, chaque étape comporte des sevrages qui sont des frustrations nécessaires au développement de l'enfant.

            Ces frustrations ne sont pas traumatisantes mais structurantes si l’interdit dont elles sont les conséquences est signifié, verbalisé. A chaque stade correspond ce qu’elle nomme une castration humanisante car symbolygène, on va voir ce qu'elle entend par là, qui marque l’élaboration de l’image du corps, qui introduit du symbolique.  Celle-ci n’est pas le schéma corporel. Ce dernier se réfère à la réalité, à l’expérience concrète du monde physique. Il est le même pour tous ( à moins que l’être en question ne soit infirme) et correspond à l’individu en tant que représentant de l’espèce. L’image du corps est inconsciente et propre à chacun de par son histoire et son vécu relationnel. Pourquoi parle-t-elle de castration et qu'est-ce qu'elle entend par le mot symboligène ?  Elle fait référence au terme de castration en utilisant son sens tel qu'il est employé en psychanalyse.  Au départ la castration en français, cela signifie la mutilation des glandes sexuelles, c'est une atteinte physique qui rend stérile, de manière irrémédiable, l'individu castré. En psychanalyse, la castration porte un autre sens. C'est justement l'adjectif symboligène qui introduit cet autre sens.  Elle désigne un processus qui se déroule chez un être humain quand un autre être humain lui signifie que l'accomplissement de son désir, "sous la forme qu'il voudrait lui donner" est interdit par la Loi, une loi humaine universelle. C'est par exemple l'interdit de l'inceste. Cette signification est exprimée par le langage que celui-ci soit verbal ou gestuel. « C’est grâce à notre image du corps portée par - et croisée à - notre schéma corporel que nous pouvons entrer en communication avec autrui. Tout contact avec l’autre, que ce contact soit de communication ou d’évitement de communication est sous-tendu par l’image du corps, car c’est dans l’image du corps, support du narcissisme, que le temps se croise avec l’espace, que le passé inconscient résonne dans la relation présente » (F. Dolto 1984, p. 23). Elle est spécifique à chaque stade et correspond à une certaine structure libidinale. Ainsi, à une petite fille qui ne pouvait saisir les objets, F. Dolto dit « Prends avec ta bouche de main ». La parole médiatrice entre la bouche et la main s’adresse à son image du corps. Elle rétablie l’oralité en réveillant la bouche où la déglutition ne s’effectuait plus. La préhension est retrouvée. Ces mots correspondent à une image du corps du stade oral alors que des mots se référant à une image du corps du stade anal ne signifiait rien à cette enfant de six ans qui ne pouvait les associer à son schéma corporel. « Prends avec ta main » est une phrase qui correspondait à une image du corps du stade anal qu’elle n’avait pas ou qu’elle avait perdue.

            L’image du corps s’élabore avec le développement de l’enfant. F. Dolto distingue trois modalités : l’image de base, l’image fonctionnelle et l’image érogène. L’image de base est le support du narcissisme qu’elle définit « comme la mêmeté d’être, connue et reconnue, allant devenant pour chacun dans le génie de son sexe. » C’est l’image de base qui donne à l’être humain le sentiment d’exister et d'être ce qu'il est en tant qu'être sexué.

            L’image fonctionnelle est image du sujet désirant qui vise à accéder au plaisir et se manifeste à autrui. Elle met en jeu les zones érogènes qui lui sont associées en ce que F. Dolto appelle l’image érogène.

            Si l’image de base permet à l’enfant de ressentir son être en continuité, structure le narcissisme, ce dernier n’est pas statique et se remanie selon les épreuves auxquelles se heurte le désir de l’enfant, épreuves nommées castrations qui permettent la symbolisation et contribuent aux élaborations successives de l’image du corps.

            Ainsi la castration au stade oral est le sevrage ou l’interdit à l’illusion de cannibalisme vis à vis du sein de la mère. A ce stade qui est le premier, la zone érogène est buccale. Il s’agit du plaisir de succion, auto-érotique. Le nouveau né ne se différencie pas encore du sein, de la tétine et donc de la mère. C'est ce qu'on appelle le narcissisme primaire. Il porte tout ce qui l’intéresse à sa bouche et s’identifie à sa mère selon ce premier type de relation, sourit si elle sourit, gazouille si elle parle... Avec l’apparition de la dentition il mord, c'est  la première manifestation d'agressivité. Que se passe t-il au moment du sevrage ?

            F. Dolto indique« que la façon dont la morsure sera permise ou non par l’objet d’amour est de toute importance. Si on attend ce moment pour commencer le sevrage, celui-ci sera considéré comme une conséquence de l’agression, c’est à dire comme une punition sur le mode de la frustration » (F. Dolto 1976, p. 30).

            Elle préconise donc un sevrage lent et progressif, commençant tôt entre 4 et 5 mois, se terminant entre 7 et 8 mois. A ce stade le sevrage constitue une rupture de la relation érotique de la mère à son enfant, qui doit être capable de communiquer avec lui par des paroles et des gestes langagiers, autrement qu’en lui donnant nourriture, baisers, caresses ou en lui prenant ses excréments. Si le sevrage est progressif, si la mère parle à son bébé, nomme les objets qu’il porte à sa bouche, elle l’introduit au langage. Si elle lui met ces objets à la bouche en lui signifiant par des mots ce qu’il en ressent au point de vue tactile, le plaisir partiel qui lie la bouche au sein se distribue sur la connaissance sensitive de ces objets et la symbolisation se fait. La relation corps à corps est remplacée par la relation langagière où commencent à s’exprimer les émotions à l’approche où à l’éloignement de la mère. Il accède à un langage compréhensible pour autrui, indépendamment de la présence de la mère où il communique par des mimiques, des cris modulés de manière variable, ses sensations et ses sentiments. Ce langage modulé apparaît en général après le sevrage vers 6-8 mois. C’est là que par groupe de phonèmes l’assimilation de la langue maternelle commence à se faire.

            Ceci suppose que la mère soit disponible à l’enfant. Ce qui semble primordial quel que soit le cas ( toutes les mères ne peuvent pas allaiter leur enfant jusqu’à 4 ou 5 mois et à fortiori 9), c’est qu’une personne puisse signifier à l’enfant son vécu, verbaliser, communiquer avec lui en considérant son intelligence, ses besoins et  l’accompagner dans son cheminement, ses efforts et son désir de communiquer.

            Tout cela, c'est la théorie de F. Dolto, mais on peut le voir tout-à-fait différemment. Alice Miller, par exemple, considère au contraire que le « renoncement au sein » imposé à l’enfant fait partie de ces théories pédagogiques qui vise à le ²socialiser², ²l’éduquer², à ² renoncer², à se ²sacrifier² et qui correspondent en fait aux désirs conscients ou inconscients de ses parents. Un enfant qui est allaité jusqu’à neuf mois dit-elle ne veut plus téter, il n’a donc pas à renoncer au sein. A cet âge là il a déjà normalement accès à un langage expressif de communication à autrui. L’accession  à ce type de langage est lié selon elle non pas à la castration orale ou au renoncement au sein maternel mais à une relation à la mère épanouissante. Et là, elle retrouve F. Dolto. Il s’agit d’une relation langagière où la mère parle à son bébé, l’amène à découvrir son environnement en lui présentant des objets, ne le ²dévore² pas de caresses ou de baisers seulement. Elle pense que cela suffit pour amener l’enfant à renoncer au sein de lui-même.

           

            Le stade suivant de l'évolution de l'enfant est nommé stade anal. Il se déroule de 1 à 3 ans environ et correspond à la rétention ludique des fèces ou des urines. Dans « Psychanalyse et pédiatrie »  F. Dolto indique que l’apprentissage de la propreté est susceptible d’amener l’enfant à vivre des situations ambivalentes par rapport à la mère, entre les soins agréables qu’elle lui donne et les remontrances qu’il subit si il a sali sa couche. Avec le contrôle des sphincters, il apprend la notion de pouvoir, donne ou ne donne pas ses selles pour récompenser ou punir sa mère. Plus tard si son éducation le lui permet il jouera avec des objets qui serviront de substituts symboliques sur lesquels il aura tout pouvoir, pourra libérer son agressivité sans contrainte parentale. Si son éducation ne lui offre pas cette possibilité de jeu, « l’enfant se sentira écrasé sous la domination sadique de l’adulte ( non que celui-ci soit nécessairement sadique, mais parce que l’enfant projette sur lui son sadisme insatisfait » (F. Dolto 1976, p. 36). Ses pulsions agressives spontanées contre l’adulte qui s’oppose à lui sont alors déplacées sur des substituts ²animaux totems² redoutés. C’est l’époque des peurs enfantines, peur du loup, peur du crocodile.

            Alice Miller rejette la théorie des pulsions et parle en termes d’anéantissement du pouvoir de l’enfant. Elle ne met pas sur le compte de désirs sexuels non satisfaits ou de pulsions agressives non exprimées le fait qu’il ressente ses parents comme étant cruels, comme l’étouffant, mais affirme qu’il s’agit d’une cruauté manifeste cachée sous le terme ²éducation². Cette dernière ne viserait qu’à briser la volonté de l’enfant, à en faire un être docile, obéissant aux désirs de l’adulte.

            A l’éducation à la propreté, le ²devenir propre², correspondent les premiers interdits moteurs : « ne touche pas ceci, ne va pas là » faits à l’enfant. C’est aussi l’acquisition de l’autonomie qui entre en jeu, rapport de forces, rapport de pouvoir. « Laisser l’enfant faire ses progrès aux rythmes qui sont les siens est une des clés de l’élevage des enfants... » indique F. Dolto.

            Si dans un premier temps elle parle en termes ²d’apprentissage de la propreté² (F. Dolto, 1976), elle affirme ensuite que l’enfant peut parvenir à une continence sphinctérienne spontanée quand son développement neurophysiologique est suffisant, qu’il ait été sollicité ou non par l’adulte. « Que les adultes mettent trop tôt et /ou trop intensément l’accent sur l’exigence du ²devenir propre² revient à accorder aux besoins une valorisation qui ne devrait être rapportée qu’au désir de communication et d’échanges socialisants. C’est ainsi que le comportement des adultes qui montrent eux mêmes du désir pour contrôler les besoins des enfants en vient à pervertir nombre d’entre eux, les conduisant à jouer de la rétention pour plaire ou déplaire à un adulte exigeant » (F. Dolto, 1984, p. 124). F. Dolto rejoint bien là A. Miller. Il s’agit bien de satisfaire l’adulte et ses besoins, inconscients pour la plupart, de manière à ne pas perdre son amour.

            Pour F. Dolto, il n’est plus question d’imposer un rythme à l’enfant, contraindre ses besoins mais bien de le respecter dans son désir de devenir autonome, d’avoir le plaisir de se maîtriser lui-même, de grandir, de se conduire comme l’adulte qu’il observe. Il acquiert alors le contrôle de ses sphincters pour lui-même et non par soumission et dépendance à l’adulte. Ce qui suppose que la mère accepte de favoriser le désir d’autonomie de son enfant, autonomie en tout ce qui concerne le ²faire² dans l’espace de sécurité qui lui est offert.

            Ceci ne va pas sans interdit. F. Dolto nomme castration anale l’interdit signifié à l’enfant de nuire à son propre corps comme aux choses animées ou inanimées. Il ne s’agit pas de le ²dresser² mais de l’initier par et à la communication langagière et gestuelle au contrôle de la motricité partagé et au contrôle de sa force. C’est alors qu’il devient continent, qu’il peut sublimer le plaisir ano-rectal, de là l’appellation même de castration dite anale. Le petit enfant n’explore plus le monde avec sa bouche mais avec ses mains. Une nouvelle image du corps s’élabore. Il saisit tout ce qui est à sa portée, manipule les objets, les jouets, dans la mesure où ils sont laissés à sa disposition. Curieux de tout, il cherche à expérimenter et transgresse les interdits imposés par l’adulte. La réponse de ce dernier à la transgression est primordiale. Si l’expérience est probante, c’est à dire qu’elle n’amène aucune souffrance, aucun ennui, il n’est pas question de réprimander l’enfant mais au contraire de le féliciter. Dans le cas inverse, il ne s’agit pas de se réjouir sadiquement de la souffrance, de l’échec de l’enfant (« c’est bien fait pour toi, tu n’avais qu’à m’écouter »), ce que l’enfant ressentira comme le désir de l’adulte dans sa toute puissance, mais bien de lui expliquer son impuissance et la nécessité de l’interdit temporaire jusqu’au moment où il sera grand (par exemple pour l’accès aux prises électriques).

            Il découvre ainsi que les interdits sont sécurisants et prend confiance en ses parents qui l’accompagnent dans son vécu quotidien, son expérience de la vie. C’est la notion même d’accompagnement qu’on retrouve aussi chez A. Miller qui consiste à comprendre l’enfant, le respecter, l’accepter avec ses sentiments, ses échecs, ses joies, et l’encourager. Mêmes si ces efforts au départ ne semblent pas constructifs, l’enfant s’enrichit par l’exercice, acquiert de l’habileté en utilisant tout objet comme support de sa recherche.

            L’apport du père et de la mère en tant que personnes ayant à charge l’éducation de l’enfant, F. Dolto le qualifie de ²sécurité assistée². L’enfant doit se sentir le plus libre d’agir comme il le désire. Ce qui suppose de la part des éducateurs une dose certaine de tolérance au bruit et au désordre, de patience, de respect à ce qui est l’éveil de l’intelligence sensorielle des petits de 3-4 ans. Pour A. Miller, élever un enfant dans une telle atmosphère n’est possible que si les parents sont nés eux aussi et ont grandi dans un tel climat sinon ils recherchent en leur enfant un être qui s’adapte totalement à eux et comble leurs besoins narcissiques insatisfaits.

            Il faut donc que la mère n’ait pas besoin tout le temps de toucher, manipuler, embrasser l’enfant quand cela lui plaît à elle, (pour son plaisir oral et anal dit F. Dolto), mais au contraire qu’elle laisse l’enfant s’assumer lui même peu à peu. C’est à dire qu’elle soit castrée analement de son enfant. Il n’est pas une chose à sa disposition. « Tout comportement coercitif de l’adulte sur l’enfant est initiation au sadisme et incite l’enfant à s’identifier à ce modèle » (F. Dolto, 1984, p. 142). Il n’existe pas de plaisir de nuire lié aux pulsions de ce stade mais des enfants éduqués de manière perverse, sans respect dû à leur personne, sans reconnaissance de leurs actes et désirs, sans soutien sécurisant et sans verbalisation des interdits par l’adulte, qui si il montrait l’exemple en les appliquant à ses propres actes, donnerait une castration anale symboligène.

            Si A. Miller remet en question la théorie des pulsions, la notion de castration telle que l’entend F. Dolto n’est pas en contradiction avec ses théories. Les interdits sont nécessaires. Il ne s’agit pas de laisser l’enfant livré à lui-même ou de lui donner une éducation ²antiautoritaire² qui ne serait qu’une autre forme de manipulation visant à faire vivre à l’enfant ce que ses parents n’ont pu faire au même âge. Mais ces interdits doivent être respectés par tous, être la loi de tous et, si ils ne sont que provisoires car liés à la sécurité de l’enfant et d’autrui, ils doivent être explicités en tant que tels. Ils sont alors structurants.

            Si cette castration (selon le terme même de F. Dolto) n’est pas donné sainement, cela se répercutera immanquablement sur le devenir de l’enfant et sur sa vie d’adulte. Les adultes rendent la plupart du temps à leurs enfants ce qu’ils ont eux-mêmes mal vécus car ils sont  soumis à une compulsion de répétition.

            A. Miller a cherché à démontrer dans son livre « C’est pour ton bien » qu’on retrouve les racines de la violence dans l’éducation de l’enfant. Pour elle, le caractère destructeur de l’homme est d’origine réactionnel. Elle appuie cette idée par de nombreux exemples dont le cas d’Adolf Hitler. Elle compare notamment la structure du milieu familial dont il est issu à celle d’un régime totalitaire. Dans les deux cas, un chef dont l’autorité ne peut être remise en question et ses représentants quand il est absent qui règnent, punissent, et terrorisent en son nom. Ce qui est légitimé par les différents principes de la pédagogie noire.

            Les mauvais traitements et les humiliations auxquels a été soumis Adolf Hitler dès sa plus tendre enfance ne font aucun doute pour A. Miller, même si de nombreux biographes contestent ces faits, minimisent leur importance ou les justifient « ( cf. Franz Jetzinger : ²On se réfère à ce sujet à une prétendue déclaration d’Angéla qui aurait dit : ²rappelle toi, Adolf, comme avec notre mère, nous retenions le père par les pans de son uniforme quand il voulait te battre !² mais cette prétendue déclaration est très suspecte (...) Il se peut bien que ce gamin docile et frondeur se soit fait administrer de temps en temps une correction ; il le méritait bien ; mais en aucun cas, on ne peut dire qu’il faisait parti des enfants battus ; son père était fondamentalement un homme de progrès »(Jetzinger, cité par A. Miller, 1984 P. 181).

           

            Seuls ceux qui ont eu la chance dans leur enfance, de pouvoir exprimer leur souffrance, leur révolte, leur colère pourront réagir plus tard adulte, de manière adéquate, sans étouffer leur réaction ou réagir par des accès de violence ou de haine incompréhensibles sur des personnes de substitution, au mal qui leur a été fait. Ce qui est primordial, soulignent A. Miller et F. Dolto, c’est la possibilité laissée à l’enfant d’exprimer ce qu’il ressent, verbalement et émotionnellement.

            L’intérêt de l’enfant à partir de sa quatrième année environ, se centre sur la zone érogène phallique. Le garçon a des érections liées à la miction ou à la défécation. La masturbation dite secondaire par F. Dolto apparaît (elle la différencie de la masturbation dite primaire qui correspond aux jeux manuels des bébés, frottement des cuisses etc. pendant le stade oral). L’enfant s’interroge sur son origine, sur la différence des sexes. Souvent sa curiosité reste insatisfaite ou encore est égarée par les réponses des adultes inadéquates d’où ses hypothèses de mutilation génitale. Ces dernières sont encore renforcées si la masturbation secondaire est réprimée et que de ce fait, l’enfant a peur que l’adulte n’y mette fin. C’est l’angoisse de castration.

            F. Dolto nomme la découverte de la différence sexuelle, castration primaire. Elle est déjà dite en paroles mais là, il s’agit de la référencer au schéma corporel. Alors que l’enfant de cet âge, introduit au langage, élabore peu à peu tout un système de valeurs comme le bien, le mal, le bon, le mauvais. Le voici qui s’interroge maintenant sur la différence sexuelle, le pourquoi, le comment, le à quoi ça sert. Des réponses données sainement consistent à lui expliquer son devenir d’homme ou de femme en référence à son sexe, la paternité et la maternité en tant que rencontre de désir et de plaisir entre deux êtres en appelant un troisième de manière à lui exprimer l’humanisation de la sexualité génitale sans la restreindre à un processus fonctionnel. Ce qui entraîne, si la castration primaire est acceptée, une valorisation du pénis d’où l’envie de la petite fille.

            A. Miller n’analyse pas cette envie de la même manière. Elle pense qu’elle est liée à l’importance et à la survalorisation de la virilité qu’on trouve dans le discours des adultes quand ils parlent à propos de la différence sexuelle de ²en avoir ou pas². Mais que cela ne tienne, la petite fille renoncera de toute façon à son envie puisqu’elle peut avoir des bébés et devenir un jour maman.

            C’est à cette époque là, qu’il s’agit de révéler la responsabilité partagée du père et de la mère dans l’union sexuelle et la fécondité alors que l’enfant, selon la théorie freudienne, entre  dans le complexe d’Oedipe. L’image du corps n’est à ce moment plus inconsciente. Elle s’enracine dans l’appartenance à un seul sexe et son devenir.

            Le garçon s’identifie à son père et souhaite épouser sa mère. Son image du corps selon F. Dolto correspond à des pulsions génitales actives ou pulsions génitales péniennes envers l’objet du désir qui sont déplacées sur des instruments visant à attaquer, agresser, pénétrer, crever. Il joue à tuer ²pour de rire², projette son désir de lancer de quoi faire des bébés. C’est l’époque de toutes les interrogations sur la vie et la mort. La castration oedipienne est alors donnée par le père. Elle est l’interdit de l’inceste par rapport à la mère en tant que telle, et en tant que femme du père. Elle est aussi l’interdit de l’inceste par rapport aux frères et aux soeurs. C’est par cet interdit que le garçon transposera son désir pénien agressif de maîtriser le corps de l’autre en activités diverses et entendra la différence entre la pulsion génitale liée à l’amour et le rut, accouplement sans amour entre mâle et femelle.

            En ce qui concerne la sexualité de la fille, elle est tout d’abord homosexuelle. Elle veut en premier lieu épouser sa maman car c’est elle qui fait les bébés (bébé anal, produit digestif selon F. Dolto). Elle s’identifie à elle et cherche ensuite à séduire son père de manière à bénéficier des mêmes prérogatives. « Les filles ont découvert que leur pouvoir de séduction tient à leur acceptation de n’avoir pas le pénis et à leur désir qu’un autre le leur donne : non pour avoir le pénis, mais pour être maîtresse de qui l’a et peut ainsi les satisfaire » (F. Dolto, 1984 p.194).

           

            A. Miller refuse complètement la théorie du complexe d’Oedipe, notamment tout ce qui concerne les tentatives de séduction de la part du garçon comme de la fille. Elle ne nie pas pour autant certains sentiments comme la jalousie, l’impuissance, la rivalité liés à la situation triangulaire et surtout à la toute puissance des plus grands. Cependant le mot séduction masque selon elle certaines réalités notamment des formes diverses et variées d’abus sexuels perpétrés sur l’enfant. « Le terme séduction renferme en même temps ce dont rêve l’adulte qui pense que l’enfant partage ses besoins. Ces projections ne sont pas contenues dans le terme abus » (A. Miller, 1986 p.152). La notion d’Oedipe serait plutôt liée à l’existence dans notre société du patriarcat et plus particulièrement à l’évolution masculine. Ce qui donnerait lieu à des interprétations douteuses notamment au sujet de la sexualité féminine de la petite enfance à l’âge adulte. Elle s’appuie sur son expérience psychanalytique en tant qu’analysant et analyste d’adultes pour réfuter cette théorie. Dans l’interprétation donnée aux troubles exprimés par les analysants, il s’agit de ne pas confondre les traumatismes résultants de la frustration de besoins narcissiques avec des conflits dits ²oedipiens² mal résolus. La seconde proposition masque la première. Si on considère Oedipe coupable, on oublie souvent que son père lui a fait percé les pieds et l’a abandonné. On oublie aussi son ignorance quant à sa rencontre avec son père et son mariage avec sa mère.

            L’éducation selon A. Miller est un mécanisme qui vise à ne ²s’apercevoir de rien² de ce qui concerne les parents et la manière dont ils abusent l’enfant. Cet abus s’inscrit dans la période qui va de trois à cinq ans, période durant laquelle l’enfant manifeste une disponibilité totale, un amour inconditionnel, une admiration sans borne à ses parents. « Le terme ²oedipien² peut entraîner diverses associations. Que l’on remette en question le désir de coïter avec sa mère chez le petit garçon ne signifie pas pour autant que l’on ne reconnaisse pas les sentiments suscités par la situation du triangle. La jalousie, l’impuissance, la rivalité désespérée avec le grand qui fait sentir les différences de pouvoir, le sentiment d’insuffisance, l’espoir d’une alliance, le trouble des stimulations, tout cela s’inscrit dans la ²phase oedipienne², de l’âge de trois à cinq ans ; à une époque où l’enfant est plus beau que jamais et représente l’objet sexuel de prédilection, de l’adulte et de ses frères et soeurs plus âgés (...). Lorsque la vie affective des parents est insatisfaisante parce qu’ils ont eux-mêmes coupé les racines avec leur propre enfance, ils ont du mal à comprendre la richesse de l’intensité des sentiments de leur enfant et à y répondre. Pour beaucoup, en dehors de la colère, l’excitation sexuelle est la seule forme de participation affective. De nombreux parents montrent sans détour leur misère sexuelle à leurs enfants, et recherchent auprès d’eux les satisfactions de substitution dont ils ont besoin. Entre les viols perpétués ouvertement et les attentes inconscientes parce que refoulées, il y a toute une échelle d’attitudes parentales qui s’expliquent par la réduction de la vie émotionnelle à la sexualité et provoquent chez l’enfant le trouble, des sentiments d’insuffisance, la désorientation, l’excès de tension, l’impuissance et l’excès de stimulation. On dissimule ces faits en postulant l’existence d’un complexe d’Oedipe universel, et l’on fait passer de pures séductions pour la réaction au désir sexuel de l’enfant, écrit A. Miller. Il n’est pas question pour elle d’Oedipe ou de séduction, mais d’émotions pseudo-sexuelles que suscite l’enfant pour plaire à l’adulte.

            Les théories de F. Dolto et A. Miller sont à ce sujet en contradiction. La première insiste sur le désir de séduction de  l’enfant envers le parent de sexe opposé et l’interdit nécessaire qui le libérera pour sa réalisation hors du milieu familial. La seconde parle de séduction de la part de l’adulte envers l’enfant jusqu’à l’abus sexuel, de négation de son identité, de ses besoins émotionnels, de projections des désirs sexualisés de l’adulte sur l’enfant.

            Il est difficile de statuer. Cependant il est bien question ici de la prohibition de l’inceste et de la prohibition des relations sexuelles entre enfant et adulte. Si on étudie les pathologies de l’image du corps à l’époque du complexe d’Oedipe et les cas présentés par F. Dolto, on retrouve toujours à l’origine des comportements sensuels et ambigus des parents ou de l’un des deux envers l’enfant sous prétexte d’affection parentale. Dans le cas Léon, elle parle d’une ²mère infantile, inconsciemment incestueuse² (F. Dolto, 1984 p. 288). Elle ne nie donc pas la séduction de par l’adulte. Il s’agit de parents qui n’ont pas reçu de leurs propres parents la castration. C’est la même chose que ce qu’entend A. Miller quand elle parle de compulsion de répétition, les attitudes des parents à l’égard de leurs enfants se répètent de génération en génération. Les troubles narcissiques auxquels elle se réfère ressemblent fort aux attitudes, décrites par F. Dolto, de ces parents qui n’ont pas reçu de castrations symbolygènes aux différentes étapes du développement.

            Si leurs interprétations divergent au sujet du désir sexuel ou non de l’enfant, les attitudes pédagogiques qu’elles préconisent reposent sur les mêmes bases, à savoir : le respect de l’enfant et son soutien, ce qui implique l’accompagnement de l’adulte qui vit avec lui, sa patience, sa tolérance, son respect vis à vis des sentiments, des émotions de l’enfant et de leurs expressions. Ce qui nécessite des paroles vraies en réponses aux questions de l’enfant, qui explicitent la vie, son devenir, sans tromperies, des paroles qui transmettent la loi de la vie en société, notamment l’interdit de l’inceste et des paroles qui se vérifient dans les actes quotidiens des adultes qui entourent l’enfant.


Bibliographie

DOLTO, Françoise            (1974), Le cas Dominique. Paris, Seuil.

DOLTO, Françoise             (1976), Psychanalyse et pédiatrie. Paris, Seuil.

DOLTO, Françoise             (1981), Au jeu du désir. Paris, Seuil.

DOLTO, Françoise             (1984), L’image inconsciente du corps. Paris, Seuil.

DOLTO, Françoise             (1985), La cause des enfants. Paris, Laffont.

MILLER, Alice                         (1982), L’enfant sous terreur. Paris, Aubier.

MILLER, Alice                        (1983), Le drame de l’enfant doué. Paris, Presses Universitaires de France.

MILLER, Alice                        (1984), C’est pour ton bien, Paris, Aubier.

Par isabelle-crispoux.over-blog.com - Publié dans : Psychanalyse
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Mardi 14 juin 2011 2 14 /06 /Juin /2011 21:36

   L'approche de D. N. Stern : une genèse de la notion de contact

D.N. Stern[1], distingue le nourrisson de l'observation, tel que l'observe la psychologie du développement, de ce qu'il nomme le nourrisson de la clinique reconstruit par les théories psychanalytiques. Au croisement de la psychologie développementale et de la psychanalyse, il décrit ce qu’il nomme les différents "sens du self" et leur apparition successive : le sens d’un soi émergent, le sens d’un soi noyau, le sens d’un soi subjectif et enfin le sens d’un soi verbal. Pour cet auteur, chacun de ces domaines demeure et continue à se développer tout au long de la vie d’un individu. Ils constituent chacun une manière distincte de faire l’expérience de la vie sociale et de soi. L'approche de D. Stern me semble particulièrement pertinente si l'on regarde ces différentes descriptions des sens du self comme résultant des interactions organisme/environnement et des modalités de "contacter". Ils ne sont pas les processus de contact mais les résultats de ces processus.

 

1.    Le sens d'un soi émergent

 

Le premier, le sens de soi émergent, apparaît dès la naissance. Il n'y a pas selon Stern de période d'indifférenciation totale soi/autre telle que décrite par Freud (le nourrisson est protégé de tout lien interpersonnel par la fonction de pare-excitation de la mère et n'aurait donc pas à enregistrer ou traiter les stimuli externes) ou Malher qui décrit une période normale d'autisme. Le sens de soi serait l'expérience de l'émergence d'une organisation, expérience du processus, aussi bien que de son résultat, qui advient lorsque le nourrisson peut relier un certain nombre d'expériences entre elles : Expériences perceptives, sensori-motrices et affectives. Le nourrisson aurait une aptitude innée à la perception amodale qui lui permet de traiter des informations reçues dans une modalité et de les traduire dans une autre modalité. Ainsi dit-il, le nourrisson ne fait pas l'expérience d'un sein "sucé" et d'un sein "vu" comme de deux seins séparés mais établirait instinctivement un lien entre sensations tactiles et visuelles qui l'amènerait à ne percevoir qu'un sein. Ces expériences amodales lui permettent d'intégrer très tôt l'existence d'un soi et d'un autre.  Il s'agirait donc d'une des premières formes de différenciation intersubjective, aptitude innée à la perception amodale que nous conservons en grandissant.

 

Reprenant les travaux de H. Werner, D.N. Stern propose de distinguer un autre type de perception amodale chez le nourrisson : La perception "physiognomonique", nom lié aux travaux sur la perception du visage humain, où les caractères amodaux seraient plus perçus comme des affects catégoriels plutôt que des caractéristiques perceptives comme la forme ou l'intensité par exemple. Ainsi, un son peut être perçu comme heureux ou triste. Pour D.–N. Stern[2] "Les affects représentent la dimension supra-modale dans laquelle peuvent être exprimées les stimulations de quelques modalités que ce soit. C'est une sorte de perception amodale, car un état affectif n'est pas lié à une modalité perceptive particulière. Nous sommes tous pris par des perceptions émotionnelles". Mais, ces affects catégoriels tels que nous les connaissons via notre langage (colère, tristesse etc.) sont problématiques car, ils ne recouvrent qu'une part infime des émotions vécues au sein de la relation humaine, du fait de la limitation de notre lexique pour les décrire. Chaque émotion nommée par chaque individu ne se vit pas de la même manière. Stern distingue de ces affects catégoriels, les affects de vitalité pour décrire certaines formes d'expériences humaines. Ces derniers ne peuvent être rendus dans le langage que par l'utilisation de termes dynamiques comme "surgir", "explosif". Ainsi, il dit : "La philosophe Suzanne Langer (1967) a insisté sur le fait que dans toute psychologie proche de l'expérience, on doit porter une attention soutenue aux nombreuses "façons de sentir" qui sont inextricablement liées à tous les processus vitaux tels que respirer, avoir faim, éliminer, s'endormir et sortir du sommeil  ou sentir le passage des émotions et des pensées. Les différentes formes d'émotions provoquées par ces processus vitaux affectent l'organisme la plupart du temps. Ils ne nous quittent jamais que nous en soyons conscients ou non, tandis que les affects "ordinaires" vont et viennent. Le nourrisson fait l'expérience de ces caractères à partir de lui-même et des comportements des autres. Une multitude de conduites parentales ne peuvent être qualifiées par des affects ordinaires, mais elles expriment différentes émotions de vitalité : Comment la mère prend son bébé, prend le biberon, déboutonne son corsage. Le nourrisson est immergé dans ces "émotions de vitalité". En les approfondissant, nous pourrons enrichir les concepts et le vocabulaire, insuffisants pour ce travail, que nous utilisons au sujet des expériences non-verbales."[3]

La Gestalt-thérapie opère entre autre à la mise à jour de ces différents types d'affects et à leur élaboration. Ils apparaissent pour les patients comme pour les thérapeutes au détour d'une poignée de main plus ou moins forte ou chaleureuse, d'un regard insistant ou léger, d'un silence pesant ou reposant, de l'intonation des voix, de mouvements plus ou moins conscients, d'une respiration plus ou moins profonde, d'une manière plus ou moins rapide de se lever d'un siège etc. Nous sommes sans cesse en prise avec ces perceptions amodales qui communiquent quelque chose, dont nous thérapeutes nous saisissons ou pas, soit en nommant ce que nous en percevons ou encore ce que nous en vivons. Elles s'échangent la plupart du temps hors de notre champ de conscience et viennent dans leur configuration créer une impression globale, parfois diffuse. Ces affects apparaissent aussi au détour des mots comme l'indique J.-M. Robine[4] quand il insiste sur le fait que la Gestalt-thérapie est plus une culture du verbe qu'une culture du nom. Ainsi, il dit : "Dans cette logique, lorsque j'écoute un patient, y compris dans ses récits d'anecdotes ou de rêves, je mettrai volontiers en figure les verbes qui sont utilisés et qui peuvent être considérés comme des indices de ces mouvements de la situation. Si dans le récit d'un rêve par exemple, il me dit qu'il a laissé tomber son stylo, loin de considérer ce détail comme "insignifiant", je pourrais m'attarder en figure sur ce "laisser tomber" et l'explorer dans ses méandres : souhait non conscient de laisser tomber la thérapie ? Sentiment que je le laisse tomber ? Etc."  Dans ces phrases les affects amodaux apparaissent sous la forme des verbes, la forme des énoncés, le mouvement qui s'y produit, l'énergie qui y est investie. Ils participent largement à la tonalité de la séance, à l'expérience immédiate du patient et du thérapeute et ne sont pas intentionnels.

 

2.    Le sens d'un soi noyau

L'émergence de ce que D.N. Stern nomme un soi noyau débute entre deux et six mois. Le nourrisson commence à donner l'impression qu'il s'engage totalement dans une interaction sociale et qu'il vérifie en quelques sortes ces ébauches d'organisations émergentes. Pour que ce "soi noyau" soit structuré, il semble qu'il ait besoin de vérifier quatre formes d'expériences essentielles : l'expérience de l'activité propre de soi (qu'il est l'auteur de ses propres actions et peut s'attendre à certaines conséquences, par exemple quand il ferme les yeux, il fait noir) ; l'expérience de la cohérence de soi[5] (qu'il est un tout non morcelé avec des limites) ; l'expérience de l'affectivité de soi (qu'il peut faire l'expérience d'états internes, de sentiments (affects) qui sont en rapport avec d'autres expériences de soi) ; l'expérience de la permanence de soi (qu'il fait l'expérience de ce qui dure, d'une continuité avec son propre passé et du fait qu'on peut changer tout en restant le même).

Petit à petit le nourrisson commence à acquérir un ordre du monde en recherchant des invariants dans les multiples expériences interpersonnelles qui s'offrent à lui, stimuli provoqués par les comportements des personnes qui prennent soin de lui. "S'attendre à " permet d'identifier ce qui peut arriver, d'établir une forme de sécurité intérieure et produit ce sentiment d'une cohérence de la continuité d'exister. Cela permet aussi de faire l'expérience de ce qui est différent et D.N. Stern note, par exemple, que lors du jeu de "la petite bête qui monte", la montée des doigts se répète mais, que ce qui fait le ravissement du nourrisson, c'est la variation de la vitesse, le suspens ou la variation des différents accompagnements vocaux. Ceci implique d'une part, que d'une certaine manière, le nourrisson est capable de se représenter, même sans en avoir les mots, ce qui peut ou va se produire et d'autre part, que ces variations permettent de régler le niveau d'éveil et d'excitation du nourrisson dans les limites qui lui sont acceptables. En deçà d'un niveau minimal d'excitation, l'expérience perd de son intérêt et au delà d'un niveau optimal d'excitation, l'expérience devient déplaisante. Le nourrisson participe activement à la régulation de ce niveau d'excitation et par le jeu de ces ajustements mutuels intègre "une large expérience d'autorégulation de son niveau d'excitation et de l'ajustement, par le recours à des signaux, du niveau de stimulation d'un partenaire adulte qui y réagit".[6]  Cet adulte, D. N. Stern le nomme un régulateur-de-soi.

Ces premières expériences qui me semblent largement préparer à la mise en place du processus d'autorégulation organismique dont parle Goodman, se poursuivent selon moi à d'autres niveaux lors de rencontres avec d'autres régulateurs-de-soi, qui sont les personnes importantes investies tout au long de nos vies. L'autorégulation organismique peut de ce point de vue être considérée comme une hétéro-régulation, avec notamment une place spécifique pour les thérapeutes dont une des fonctions, si ce n'est la fonction essentielle, consiste à accompagner leurs patients vers une autorégulation organismique appropriée. De ce point de vue aussi, nous considérons que les mécanismes adaptatifs reconnaissables dans les phénomènes de frontière-contact ont été nécessaires à un moment donné dans un environnement donné et que le travail du thérapeute est de pouvoir leur redonner de la souplesse là où ils se sont rigidifiés. Comme le disait Canguilhem, il ne s'agit pas de définir le pathologique en terme de déficit, mais comme une reconstruction d'un niveau supportable de la vie. Ceci implique deux choses : Premièrement il est possible de travailler sur les modalités de contact sans avoir à repasser par des souvenirs du passé, en élaborant autour de ce qui se joue dans le contact en relation. Et, deuxièmement, l'enjeu majeur de la thérapie repose sur le fait de pouvoir ouvrir à d'autres formes d'ajustement. Ce que le Gestalt-thérapie nomme des ajustements créateurs ou encore l'accès à la nouveauté du champ. Ainsi, prenons l'exemple d'un patient qui autorégule son agressivité, en la rétrofléchissant, ou en ne la contactant pas du fait d'une confluence massive avec son environnement. Ces deux mécanismes viennent interrompre la possibilité d'un plein contact. Ils peuvent avoir comme fonction, par exemple, de protéger le patient d'une "explosion" trop massive de colère qui le déborde ou de protéger son entourage. Ils peuvent avoir aussi comme fonction de lui éviter d'être en contact avec la peur d'être abandonné trop massive elle aussi. Si le thérapeute offre à un moment donné, à ce patient, la possibilité de vivre son agressivité, sans qu'elle ne le déborde, soit dangereuse ou dans le second exemple sans l'abandonner, il lui permet de vivre une nouvelle forme d'autorégulation organismique de son agressivité, hétéro-régulée.

D. N. Stern découpe l'activité propre ou la paternité de l'action en trois invariants possibles de l'expérience : (1) le sens du vouloir qui précède un acte moteur, (2) la rétroaction proprioceptive qui se produit ou non au cours de l'acte et (3) la prévisibilité des conséquences qui suivront l'acte. Le sens du vouloir est pour lui l'invariant essentiel de l'expérience d'un soi noyau. Il permet l'élaboration d'un projet de mouvement et même si à l'origine le projet moteur n’est pas conscient (essayer d'attraper son pouce par exemple), le sens du vouloir fait que le nourrisson va se sentir l'auteur de ses propres actions. Peu à peu, il va constituer à partir de ses partenaires humains des représentations d'interactions généralisées (RIG). C’est à dire qu’il va peu à peu se représenter d’une manière préverbale une moyenne de ce qui peut se passer avec telle ou telle personne au cours de certains évènements interactifs, comme jouer à quelque chose par exemple.

C'est aussi ce type d'événement qui peut se jouer de manière toute aussi non-verbale avec un thérapeute et qui pourrait se traduire avec des mots comme par exemple : "Tiens, avec cette personne, je peux prendre le temps de rester dans le silence et de sentir ce que je vis là". L'expérience s'inscrit même si elle n'est pas nommée. Elle peut aussi, à un moment donné au cours de la thérapie, faire l'objet d'une exploration. Son explicitation permettra au patient de restructurer son expérience en la conscientisant et peut-être de découvrir qu'il a besoin de ce silence dans sa relation aux autres.

N. Stern indique que "…Quand un nourrisson éprouve un certain sentiment, ce sentiment fera apparaître à sa conscience la RIG dont ce sentiment est un attribut"[7]. Ce qui va être réactualisé, c'est une  expérience subjective qui confronte le nourrisson à ce que D. N. Stern nomme "un compagnon évoqué". Il ne s'agit pas forcément d'un souvenir même si cela peut en prendre la forme mais bien d'un vécu subjectif "d'être avec" ou "en présence de" avec un certain nombre de composants ou attributs sensoriels perceptifs, d'éprouvés, de ressentis. Pour certains patients schizophrènes, l'expérience qu'ils font des attributs perceptifs qu'ils ont pour une même personne modifie la RIG évoquée. Ainsi, si je porte un foulard rouge un jour, ou si mon visage montre des expressions différentes, je peux être perçue comme plusieurs personnes avec des identités différentes. Identifier ces attributs perceptifs permet peu à peu de relier leurs expériences pour tenter d'y mettre un peu de cohérence. Il s'agit de relier sans cesse. Pour des patients moins sévèrement perturbés, c'est parfois un signe qui va évoquer une certaine forme d'intentionnalité, une attitude qui va rappeler un vécu subjectif. Ainsi, une de mes patientes insistait sur le fait que je l'oubliais à chaque fois que mon regard se portait au fond de la pièce à gauche.

 

 

3.    Le sens d'un soi subjectif

 

Pour Stern, le sens d'un soi subjectif apparaît concrètement entre le septième et le neuvième mois quand le nourrisson fait l'expérience que "le contenu" de l'esprit peut être partagé avec quelqu'un d'autre et qu'un cadre minimum commun de significations et de moyens de communication comme les gestes, les postures ou les expressions a pu se mettre en place et permet ce partage. La question des limites de ce partage commence conjointement à se poser. Jusqu'à quel point est-il possible de partager des centres d'attention (comme regarder ce que montre le doigt tendu pour le nourrisson), des intentions (insister jusqu'à ce que le signal produise un effet sur le récepteur du signal ou que ce signal soit en échec patent), des états affectifs (regarder le visage de la mère pour déterminer quelle conduite adopter face à un danger par exemple)? Le nourrisson semble apparier l'état affectif dont il a fait l'expérience avec celui qu'il perçoit "chez" l'autre, ce que D.N. Stern nomme l'interaffectivité. Cette dernière serait la plus immédiate et la plus envahissante des expériences subjectives partageables. Il évoque les processus "d'accordage affectif" ou "d'harmonisation des affects" nécessaires à la mise en place d'une intersubjectivité efficiente qui va permettre ultérieurement l'émergence des représentations mentales et l'avènement du langage et dit-il : "Ces processus font références à l'induction automatique d'un affect chez une personne par la vue ou l'audition de l'expression d'un affect chez quelqu'un d'autre. Ce processus pourrait bien être une tendance biologique fondamentale dans les espèces socialement très évoluées, qui s'est perfectionnée chez l'homme".[8]

 

L'accordage affectif est une forme particulière de l'intersubjectivité qui survient la plupart du temps hors de la conscience et quasi automatiquement à partir de la résonance émotionnelle. Il est transmodal. Le même affect peut être évoqué dans des modalités de contact différentes, par exemple le ton de la voix et l'intensité d'un mouvement. J'ai trouvé chez Searles[9] une excellente illustration d'un accordage affectif tel qu'il peut se produire en séance de thérapie, quelle que soit l'orientation thérapeutique du thérapeute. Il raconte au sujet d'une de ses patientes : "Du début à la fin de la séance, quel que soit le contenu de ce qu'elle disait, cette femme parlait sur un ton de réprimande, me faisant la leçon d'une voix autoritaire et qui exprimait toujours une fureur à peine contenue, presque incontrôlée. Au bout de plusieurs années, j'ai commencé à remarquer que chaque fois que j'avais proposé une interprétation qui s'était révélée efficace, je l'avais justement fait sur ce ton de fureur à peine contrôlée, presque semblable à la manière dont elle s'exprimait habituellement." Ce qui me paraît intéressant dans ce court extrait, c'est le lien que fait Searles entre le ton de sa voix "harmonisée" en quelque sorte avec celui de sa patiente et le fait que ce qu'il énonce à ce moment là se révèle efficace. Peu importe d'après moi que l'on débatte sur le fait qu'il s'agisse d'une interprétation ou non. Ce qui m'aurait paru intéressant de savoir, c'est ce que Searles éprouvait, au moment où il s'exprimait de cette manière.  Ce dont il ne parle pas dans son livre.

 

A l'époque où je le lisais, je me suis mise à faire de plus en plus attention à ce que je pouvais exprimer à mon insu par ma gestualité, le ton de ma voix, là où pouvait se porter mon regard, mon attention, à observer le phénomène de l'interaction visuelle, posturale, respiratoire. Je me suis mise à observer comment je pouvais capter ce que le corps de l'autre m'envoyait et réciproquement. Ainsi je me suis rendue compte que certains sentiments, certaines émotions ou sensations que j'éprouvais, venaient aussi faire écho avec des éprouvés de mes patients, comme s'ils reflétaient des états internes leur appartenant mais pouvant venir prendre place chez moi à mon insu et, se traduisant corporellement dans une sorte de mise en miroir. Il me semble que l'accordage affectif ou harmonisation des affects est une des fonctions du champ dont nous disposons en permanence et que nous vivons de manière plus ou moins consciente. Elle est un des moyens  d'identification de ce qui se joue dans une situation avec un ou des autre(s). Elle est une des manières d'être en lien.

 

Pour tenter d’expliquer ce phénomène, je reprendrai l'idée de D.N. Stern selon laquelle il existe un besoin humain fondamental qui serait "le besoin d''appartenance-psychique-à-un-groupe-d'humains" et consisterait à "être inclus dans un groupe humain dont chaque membre a des expériences subjectives potentiellement partageables, contrairement au non-membre dont l'expérience subjective est totalement singulière, idiosyncrasique et non-partageable." L'accordage affectif serait, de ce point de vue, une des fonctions du self qui répond à ce besoin de partage de manière quasi innée. Si je m'accorde affectivement à l'autre, je partage d'emblée quelque chose d'un vécu commun de l’ordre d’une résonance, d’un connu non conscientisé. Cette résonance s'éveille au travers de traces semblables, mnésiques, affectives ou sensorielles, laissées parfois par des évènements complètement différents mais dont les éprouvés sont communs. Ce que l'on sent, on le sent aussi avec son histoire.

 

 

Si Goodman a principalement décrit trois fonctions de contact, la fonction ça, la fonction personnalité et la fonction ego, il a très clairement indiqué qu'on ne pouvait les considérer comme les seules possibles. Son choix relevait plus du désir de situer la Gestalt-thérapie face aux autres théories et pratiques psychothérapeutiques de l'époque. Il écrivait à propos de ces trois fonctions originelles : "En tant qu’aspects du self dans un acte simple et spontané, le Ça, le Moi et la Personnalité représentent les stades majeurs de l’ajustement créateur : le Ça est l’arrière-plan donné qui se dissout en possibilités, y compris les excitations organiques, les situations inachevées du passé qui deviennent conscientes, l’environnement vaguement perçu, et les sentiments rudimentaires qui lient l’organisme et l’environnement. Le Moi est l’identification à et l’aliénation progressives des possibilités, la limitation ou l’accroissement du contact en cours, y compris le comportement moteur, l’agression, l’orientation et la manipulation. La Personnalité, c’est la figure créée que le self devient et assimile dans l’organisme, en la réunissant aux résultats du développement antérieur."[10] Ne serait-il pas temps d'ouvrir l'étude du Self à d'autres modalités de contact du champ organisme/environnement ? L'accordage des affects en serait une et serait spécifiquement une fonction du champ organisme/environnement quand ce champ est composé d'humains. Elle pourrait aussi être une modalité de confluence pour le meilleur ou pour le pire.

 

4.      Le sens d'un soi verbal

 

Pour D. N. Stern, le sens d'un soi verbal apparaît au cours de la deuxième année avec l'avènement du langage. Celui-ci amène la possibilité d'échanger et de partager des significations sous un nouveau mode. C'est la possibilité de "se raconter", d'élaborer un récit de son expérience mais c'est aussi l'inévitable brèche qui commence à se creuser entre l'expérience telle que vécue et celle représentée verbalement. "Ainsi, le langage est à l'origine d'un clivage de l'expérience de soi. Il déplace le lien interpersonnel vers un niveau abstrait et impersonnel, intrinsèque au langage, loin du niveau immédiat et personnel intrinsèque aux autres domaines du lien interpersonnel."[11] C'est avec l'apparition du langage qu'une vue objective de soi devient possible. C’est  l’avènement d’une identité narrative, "je suis celui qui". Le nourrisson commence à utiliser des pronoms comme "je", "moi","mon", il développe des aptitudes au jeu symbolique, il peut "agir sur le monde par l'imagination ou dans la réalité (…) il peut "soutenir un désir élaboré sur ce que devrait être la réalité, contrairement à ce qu'elle est" (…) "L'interaction personnelle peut maintenant mettre en jeu des souvenirs anciens, des réalités actuelles, et des attentes futures fondées uniquement sur le passé".[12] Bref, l'accès à une signification mutuellement partagée de l'expérience vécue dans le lien interpersonnel devient possible et une négociation peut s'engager au sujet de ce qu'on va justement considérer comme partagé. 

 

Dans un premier temps, ce sont surtout les significations particulières données par un parent particulier à un enfant particulier qui vont venir s'inscrire à partir des descriptions des états internes faites par le parent au nourrisson ou la manière dont la relation va être qualifiée (tu es triste… méchant garçon…etc.). Ces mots forment là les premiers introjects qui pourront  éventuellement se modifier avec l'accès à d'autres interlocuteurs, comme les pairs. 

 

Dans un deuxième temps apparaissent les significations liées au "nous" et les difficultés qu'elles engendrent, je dirai les débuts possibles d’une conscientisation de la différenciation du champ et ses ratées éventuelles. Pour D. N. Stern, "Chaque mot appris est le sous-produit de l'unification de deux psychismes en un système symbolique commun, une signification partagée qui a été forgée. Par chaque mot appris, les enfants renforcent leur communauté psychique avec un parent, et plus tard, avec les autres membres de la culture de cette langue, quand ils découvrent que leur propre connaissance de l'expérience fait partie d'une expérience plus large de la connaissance, qu'ils sont unis aux autres par un fond culturel commun."[13] Mais, pour les mêmes mots, différentes relations, différentes significations peuvent exister. Être une "gentille fille" pour sa mère nous donne comme exemple D. N. Stern, n'est pas forcément la même chose qu'être une "gentille fille" pour son père. Cela souligne à quel point les mots, contrairement à l'impression qu'ils nous donnent, n'ont pas le même sens pour tous, et combien ce sens dépend du contexte, du "nous" de la situation… Oserai-je dire encore du "ça de la situation" ? et, de ce à quoi il se réfère implicitement et souvent à notre insu.

Pour D. N. Stern, ces significations du "nous" sont difficiles à isoler et à découvrir. L'essentiel du travail thérapeutique consiste en cette élucidation qui devient possible du fait de l'accès au "soi verbal". C'est à ce type d'expérience que la perspective de champ en gestalt-thérapie me semble faire référence. Les notions de RIG et de compagnons évoqués apportent un éclairage possible sur les notions de champ et de "ça de la situation". Ces attributs conscients ou non conscients font partie intégrante du contact entre patients et thérapeutes et vont venir dans ce contact, se confronter, s'emboîter, jouer entre eux et constituer une forme plus globale dans l'interaction.  A l'image de ces dessins célèbres qui montrent qu'on peut percevoir deux formes différentes à partir d'un même graphisme selon la perception figure/fond qu'on en a (le visage de la vieille femme et la jeune femme par exemple). La manière de configurer les traits "fabriquent" la figure mais si la différenciation est possible, une nouvelle figure apparaît plus globale. Si la première perception que l'on a d'une forme, les premiers ressentis que l'on éprouve vis-à-vis d'une personne ou d'une situation sont de prime abord non conscients, ils sont simples, ils vont de soi ; la seconde perception peut être accessible intentionnellement. L'évaluation implicite précède toujours une évaluation explicite qui elle, peut être provoquée. La figure de la vieille femme  et de la jeune femme en est un exemple simple. Il peut cependant y avoir plusieurs figures pour une seule personne (appartenant à différents domaines de soi), une figure peut en cacher une autre (la colère vient masquer le chagrin). Cela dépend des modalités du self et des phénomènes de frontière, des modalités de contact interrompues ou non. Plusieurs figures peuvent surgir, composées par exemple, par les multiples points de vue des membres d'une même famille ou d'un couple. Les sensations, les éprouvés, les manières d'expliquer de chacun sont dans le champ. Les partager ouvre à d'autres formes. L'idée du "ça de la situation" ou de l'approche de champ est qu'à un autre niveau, il existe une figure globale où l'accès à un sens mutuel partageable  est possible et dévoile ce qui s'est co-créé dans la situation à un moment donné. Un sens mutuel n'implique pas un accord mais la reconnaissance de la co-existence d'expériences différentes et la possibilité de partager sur cette différence, avec ce que cela amène de changement, la restructuration d'un champ partagé, une nouvelle figure co-créée.

 

 

Dans ce dessin, il y a 2 femmes, une jeune femme et une vieille femme :

 

 

 

Un autre paradoxe réside dans le fait que si le langage permet un nouveau niveau de lien interpersonnel, il a un effet d'aliénation sur l'expérience de soi et de son unité en "séparant" de par la mise en mot, l'expression de l'expérience, de l'expérience globale initiale. Stern cite l'exemple d'un enfant dans une pièce à qui il est dit : "oh, regarde cette lumière jaune du soleil!".  Avec l'utilisation des mots, l'adulte isole une des propriétés de l'expérience située dans une modalité sensorielle et coupe l'enfant de son éprouvé amodal. Cependant, pour D. N. Stern, certaines expériences au niveau de ce qu'il nomme les liens interpersonnels noyau ou intersubjectif, ne peuvent être communicables via le langage. Bien que tout à fait réelles, ces expériences continuent à mener "une vie souterraine et sans nom". J'aurais tendance personnellement à faire correspondre ces expériences à ce que nous nommons l'implicite de la situation, ce quelque chose en deçà du langage ou au-delà du langage que nous essayons sans cesse de mettre à jour par nos interventions sur l'expressivité d'autrui, sur la notre ou sur nos ressentis quand cela nous paraît nécessaire. J'aurais aussi tendance à penser que ces expériences sont au moins partiellement communicables par le langage, si le travail thérapeutique se fait à partir de ce qui se joue dans l'instant présent, dans la relation et à partir des éprouvés respectifs de chaque protagoniste. J'aurais aussi tendance à penser que parfois il n'est absolument pas nécessaire de verbaliser quoi que ce soit. Ainsi, une de mes anciennes patientes me disait lors de l'une de nos dernières séances que ce qui avait été essentiel pour elle, c'était les larmes qu'elle avait perçues dans mes yeux lorsqu'elle m'avait raconté le viol dont elle avait été victime. C'est à la fin de la thérapie qu'elle a énoncé qu’à ce moment là, elle s’était sentie comprise et avait su qu’elle allait pouvoir travailler avec moi. Il y avait eu là un partage intersubjectif émotionnel essentiel, sans mot.



[1] STERN Daniel N.(2004) p.27.

[2] STERN Daniel N.(2004) p.77.

[3] STERN Daniel N.(2004) p.78.

[4] ROBINE Jean-Marie (2004), p. 96.

[5] L'expérience de la cohérence de soi dont parle D.N. Stern ici est la modalité qu'elle peut prendre pour un nourrisson. Celle dont je parle dans mon avant propos en évoquant Staemmler implique que celle-ci ait existé mais elle est un sentiment plus large qui se développe au fil du temps et recouvre aussi le sentiment de cohérence de sa vie, de ses pensées, de ses actes et de ses ressentis

[6] STERN Daniel N.(2003) p.103.

[7] STERN Daniel N.(2003) p.148.

[8] STERN Daniel N.(2003) p.187.

[9] SEARLES Harold (1986) p.25.

[10] PERLS Frederick, HEFFERLINE Ralph, GOODMAN Paul (1951,[2001]), p.222.

[11] STERN Daniel N.(2003) p.210.

[12] STERN Daniel N.(2003) p.215.

[13] STERN Daniel N.(2003) p.221.

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Mardi 12 avril 2011 2 12 /04 /Avr /2011 20:15

Cité par Brigitte Lapeyronnie-Robine dans la lettre d’information des étudiants de l’IFGT d’avril 2011 :

 

Le rôle du psychothérapeute

Alex Berger

In Traité de psychothérapie comparée, p. 217 (chapitre 8 La Gestalt- thérapie), Eds. Médecine & Hygiène, 2002

« ...Garant de l'éthique, le thérapeute doit savoir distinguer clairement l'objectif du patient de son propre objectif. Il sait cc qui le pousse à faire ce métier et garde en conscience sa motivation actuelle à pratiquer cette profession. Cette attention du thérapeute à sa propre dynamique est un pré-requis à toute relation qui respecte la personne, son projet et son rythme de changement. Ceci est d'autant plus important pour la Gestalt-thérapie, qui est une psychothérapie «active» et dut, en tant que telle, expose le professionnel au risque de confondre re qui vient de lai et ce qui vient de l'autre. Le thérapeute doit pouvoir reconnaître ses propres «résonances», - en l'occurrence, ce qui est éveillé en lui par le contact avec le patient- et les utiliser en faveur du travail thérapeutique (certains parleront avec pertinence de ce point en termes de transfert et de contre-transfert ; nous préférons pour notre part éviter le mélange des modèles de référence théorique).

Garant de la relance de la dynamique thérapeutique, le thérapeute sais que le moteur de la psychothérapie se situe dans la relation patient-thérapeute, au niveau de la qualité de la relation, de la qualité de contact. Il est actif dans l'établissement de cette «qualité» et dispose pour cela d'une ressource essentielle : son implication. A chaque orientation de la psychothérapie correspond sans doute une façon spécifique pour le thérapeute de s'impliquer. Dans la perspective gestaltiste, l'implication du thérapeute passe par sa détermination à « exister» en cours de travail, à tenir compte de son confort, de ses associations, des «résonances» évoquées en lui par ce qu'il perçoit. Il verbalisera ce qui, dans son vécu, est pertinent pour la dynamique thérapeutique, dans un effort d'actualisation, soit de clarification de l'état présent de la relation. Par une telle implication, le thérapeute gestaltiste vise à relancer la dynamique de la relation qui, on l'a vu, passe par une « qualité de dialogue» propre à permettre ne co-création intersubjective de la relation présente...»

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Mardi 12 avril 2011 2 12 /04 /Avr /2011 19:03

"vers une psychopathologie du contact" est un chapitre écrit par Pierre-Yves Goriaux de l'ouvrage "Polyphonie - Etats généraux de la Gestalt-thérapie", Ed. de la Gestalt-thérapie, 2009.

Ce dernier indique que : "La gestalt-thérapie pose comme a priori de se centrer sur l'unité indissociable organisme/environnement. Cette unité définie comme un champ organisme/environnement devient le centre de notre attention. Une attention qui se porte sur ce qui se déploie à la frontière contact : l'expérience. Soutenir l'expérience, c'est promulguer une thérapie du devenant par rapport à une thérapie du revenant."

 

 Mais qu'est ce que le  concept de contact en Gestalt-thérapie ?

Le contact est le paradigme essentiel de la Gestalt-thérapie. J.M. Robine insiste sur le fait qu'il ne faut pas le confondre avec la relation elle-même. La relation implique le contact mais la réciprocité n'est pas vraie. On peut tout à fait avoir un contact visuel avec une personne sans être en relation avec elle. "Le concept de relation renvoie à un rapport qui lie, que ce lien soit fait de dépendance, d'interdépendance ou d'influence réciproque. Le concept de contact désigne la conscience sensorielle et/ou le comportement moteur...".[1] Le mode de “contacter” est déjà là avant même la constitution d’une relation et il en est constitutif. Il commence avant que des mots ou des pensées n'adviennent à la conscience d'un individu et il ne disparaît pas avec les mots, les représentations et les pensées qui peuvent surgir. Ce contact présent dès les premiers temps de la vie persiste tout au long de la vie dans son antériorité à la relation.

 

Certains psychanalystes comme H.Searles[2] l'ont aussi très bien compris. Ainsi pour cet auteur, ce ne sont pas les interprétations de l'analyste qui constituent l'élément essentiel de la thérapie mais le climat affectif qui règne dans les séances, jour après jour, et sa participation non-verbale. En Gestalt-thérapie, la question ne se pose pas, il n’y a pas d’interprétation. La position phénoménologique de la Gestalt-thérapie met l’accent d’emblée sur l’ici et maintenant et sur les modalités de contact quelles que soient les pathologies rencontrées. Si les psychanalystes d'une manière générale insistent sur l’importance des troubles précoces pour expliquer les troubles actuels, des auteurs Gestalt-thérapeutes comme Frank M. Staemmler[3] sont revenus sur ce schéma systématique d'explications de ces troubles et sur leurs descriptions en terme de perturbations précoces. Staemmler soulève la question de savoir s'il existe des perturbations psychiques graves qui surviennent pour la première fois à l'âge adulte et s'interroge sur la pertinence de chercher à savoir d'où remonteraient ces troubles. Il s'agirait de ne pas confondre troubles précoces avec troubles profonds. Dans l’approche gestaltiste, le passé n’est pas réinterprété mais il est travaillé tel qu'il peut réapparaître dans le présent, dans son impact sur les modalités de contact actuelles, ce sur quoi la Gestalt-thérapie ouvre dans son aspect processuel avec son (voire ses) modèle(s) de cycle de contact. Si je ne cherche pas à savoir volontairement ce qui s'est passé dans la petite enfance de mes patients je peux, par contre au détour d'une phrase, s'ils sont amenés à me parler de leur vécu antérieur, regarder comment cela les affecte et comment cela vient m'affecter, comment cela parle aussi de "nous" en relation. Nous pouvons alors travailler sur l'impact de ces évènements du passé tels que décrits et vécus au présent dans la situation de la séance. Le travail thérapeutique s’élabore autour des phénomènes de frontière mis en œuvre dans la formation de figures et de fonds autour d'un thème donné. En tant que thérapeute à ce moment là, je constitue l’environnement privilégié de mes patients et le processus thérapeutique consiste en premier lieu à ouvrir, à élargir cette frontière-contact, "l’organe spécifique de la prise de conscience de la nouvelle situation du champ…"[4] Celle-ci pourrait ressembler à une situation de narration de l'histoire passée face à un "autre" mais de ce fait, elle est beaucoup plus qu’une simple situation de narration d’une histoire passée. Cet "autre", le thérapeute, l'accueille et ouvre à l’exploration des diverses "façons fondamentales selon lesquelles les êtres humains s’engagent ou se désengagent de leur environnement."[5]. Cela peut être sur le mode de la perception mais aussi sur le mode de l'imaginaire, sur le mode émotionnel, sur le mode cognitif etc. Dans le même mouvement, le thérapeute co-crée, de par ses interventions, une nouvelle situation, car en faisant varier les modalités d'engagement, il participe à un changement de conscience du champ et modifie de ce fait sa structuration. D'autres figures apparaissent. Et quand la capacité à contacter fait défaut, comme c’est le cas avec des patients sévèrement perturbés, il s’agit encore de pouvoir créer les conditions propices à l'établissement d’un contact. Ainsi, pour Sampognaro[6], l’art-thérapie est une des approches les plus adaptées pour créer ces conditions. "Pour le patient, prendre la responsabilité d’un signe tracé par lui-même, d’une figure construite par lui-même, d’une forme qu’il a modelée lui-même d’une façon personnelle et originale, représente un premier pas vers la conscience de son propre pouvoir sur les choses. C’est moi qui fait cela, et les autres peuvent le voir et l’apprécier ou le critiquer." Il explique que le Soi fragmenté du patient psychotique l’empêche d’avoir un contact normal. Le sentiment d’identité, de cohérence de soi et les capacités perceptives et relationnelles qui permettent un contact approprié au monde semblent de ce point de vue indissociables. Cela pourrait ressembler à un paradoxe : Pour contacter le monde, il faut s’en différencier et pour s’en différencier il faut pouvoir le contacter. Mais comment ces deux propositions peuvent-elles co-exister ? D.N. Stern a développé toute une approche sur ce qu’il a nommé les différents "sens du self" qui je pense amène un éclairage sur cette question (cf. article sur D.N. Stern).



[1] ROBINE Jean-Marie (date non communiquée), Document de l'IFGT N°74.

[2] SEARLES Harold (1986,[1994]) p.16.

[3] STAEMMLER Frank M. (2003), p. 138

[4] PERLS Frederick, HEFFERLINE Ralph, GOODMAN Paul (1951,[2001]), p.85.

[5] SWANSON J.L. (1988)

[6] Sampognaro G. in Stagnuolo-Lobb M. et Amendt-Lyon N. (2005 [2003]) p.non communiquée.

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